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Juste pour un rock avec vous.

Juste pour un rock avec vous.
...........Il s'apprêtait déjà à tourner le dos à cet ennuyeux spectacle pour rentrer en suivant la galerie du Louvre, lorsque le vent lui apporta quelque chose : quelque chose de minuscule, d'à peine perceptible, une miette infime, un atome d'odeur et même moins encore, plutôt le pressentiment d'un parfum qu'un parfum réel, et pourtant en même temps le pressentiment infaillible de quelque chose qu'il n'avait jamais senti. Il se recula contre le mur, ferma les yeux et dilata ses narines. Le parfum était d'une délicatesse et d'une subtilité tellement exquises qu'il ne pouvait le saisir durablement, sans cesse le parfum se dérobait à sa perception, était recouvert par les vapeurs de poudre des pétards, bloqué par les transpirations de cette masse humaine, mis en miettes et réduit à rien par les mille autres odeurs de la ville. Mais soudain il était de nouveau là, ce n'était qu'une bribe ténue, sensible durant une brève seconde tout au plus, magnifique avant-goût... qui aussitôt disparaissait à nouveau. Grenouille était à la torture. Pour la première fois, ce n'était pas seulement l'avidité de son caractère qui était blessée, c'était effectivement son c½ur qui souffrait. Il avait l'étrange prescience que ce parfum était la clé de l'ordre régissant tous les autres parfums et qu'on ne comprenait rien aux parfums si l'on ne comprenait pas celui-là ; et lui, Grenouille, allait gâcher sa vie s'il ne parvenait pas à le posséder. Il fallait qu'il l'ait, non pour le simple plaisir de posséder, mais pour assurer la tranquillité de son c½ur.
Il se trouva presque mal à force d'excitation. Il n'arrivait même pas à savoir de quelle direction venait ce parfum. Parfois il y avait des minutes d'intervalle jusqu'à ce que le vent lui en apportât de nouveau une bribe, et à chaque fois il était pris d'une angoisse atroce à l'idée qu'il l'avait perdu à jamais. Pour finir, il se consola en se persuadant désespérément que le parfum venait de l'autre rive du fleuve, de quelque part vers le sud-est.

Patrick Süskind, Le Parfum

# Posté le jeudi 12 mars 2009 12:55

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